Texte inspiré par le quatre-mains "Copropriété"


Le quatre-mains "Copropriété" : toute une histoire…

Ikizek m’a passé sa toile avec la première main vendredi dernier. C’est mon tour !

Dans la nuit de vendredi à samedi, j’ai été hantée par le désir d’y aller, de me sortir du lit pour grimper à mon deuxième étage, pour me lancer dans l’aventure.

Je bouillais d’impatience d’intervenir dessus, pressée d’être au lendemain pour y travailler. Et à la fois, l’angoisse de « comment intervenir ? Comment trouver le bon chemin, cohérent et restant personnel, et conforme à ce que j’ai envie, besoin de réaliser dans mon travail habituel ? »

Donc j’ai attendu et samedi matin, j’ai grimpé l’étage en courant, et j’ai découvert que l’aventure était bien plus ardue que je n’imaginais. Mais tellement excitante aussi.

Je suis dans mon atelier. Sur ma table, la peinture « étrangère » est là, qui attend mon intervention.

Toute mes idées tournent et retournent dans ma tête. Je regarde autour de moi : des filets, de la tarlatane blanche, brune, des toiles de coton, des toiles de lin, des toiles de jute, du papier mâché : qu’est ce qui ira le mieux? Les ciseaux et le cutter me tendent les lames de façon un peu déloyale, inconvenante  et obscène !

Je vais démarrer : poser un filet ? Préparer le fond ? Non, je vais crever la toile et la recomposer ? Mais une toile bien blanche, bien lisse, bien tendue, ce n’est pas mon truc !  Et ça n’a pas de sens ! Mais … ces langues de toiles bleues, préparées pour une autre œuvre en suspens, pourquoi ne pas les utiliser ? Et les faire sortir de la gueule du personnage d’Ikizek ?

Non, je vais plutôt d’abord faire un projet papier ?

Voyons comment ca se goupille ? Un croquis, c’est mieux ? Bof, non, je ne crois pas …

Je vais couper ! Non ! Je ne peux pas trancher dans le vif comme ça ! Je vais détruire tout ce que Ikizek a fait ! Il faut que je trouve un moyen pour ne pas endommager la première main. Je déteste l’idée de faire ce travail !! Ce bonhomme ne ressemble à rien !! Surtout pas à moi …

Et puis,  être la première main,   c’est tout bon !  Mais moi là, je dois faire la deuxième main avec ce qui est déjà commencé !!! Quand elle fera la troisième main, Murielle, elle comprendra sa douleur !

Cool Adrienne : tu en meurs d’envie de le faire !! Et ça te plait : alors vas – y tranquille !!!

Alors ma deuxième main prend les filets, récupérés de sacs d’oignons, les découpe pour voir l’effet produit, les dispose sur la partie qui me revient, pose dessus les langues de toiles déchirées : c’est pas mal ! …. là-dessus, une cicatrice ouverte qui laisse partir les langues bleues vers la tête du personnage….

Pour le bas, on prolonge le fond, puis ? ….pas trop d’idées…On reviendra au bas quand le haut sera fait.

Je colle et laisse sécher les filets

Dimanche, je peins en bleus (plusieurs bleus) le fond et je prépare la découpe de la cicatrice. Le cutter tranche le lin dans le vif. On raccommodera tout ça quand ce sera le moment !

Panique : les bleus du fond et les bleus des langues : compatibles ? Ennemis ? À voir ! Les pigments Sennelier et le Bleu Majorelle me rassurent cependant  

Solidifier la toile de lin, la positionner en ouverture, et préparer les couleurs ... Ca roule…..






© Adrienne Oksman
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